Question de style
C’est avec ce raisonnement profond
Que j’ai répondu à mon interrogation.
Pour ça, je me faisais de la bile.
Pour slamer, je voulais trouver « mon » style.
J’ai cherché en vain des jeux sur les mots
Sur les allitérations et les assonances
Quelque chose qui ne soit pas bateau
Et sans aucune arrogance.
Encore fallait-il mesurer la portée
L’impact de certains discours
Quand on accepte de se lâcher
Même si on est prit de court.
Il faut prendre le risque de se tromper,
Même d’aller au contre-emploi
Tant qu’on va s’essayer
Et travailler sur soi.
J’voulais claquer des clics et des clacs
Avec ma clique sortir du cloaque
Intellectuel et stylistique, faire craquer au cric
Les préjugés, les idées préconçues et faire monter la clameur du public.
J’voulais faire sortir un flot de mots qui explosent,
Pouvoir enfin faire jaillir ma prose
Faire et vivre sur l’instant, sur l’heure
Bref ne plus être un procrastinateur.
Je voulais avec fierté et allure
Laisser parler ma plume sur la conjoncture.
Envelopper ces idées dont la concaténation
Fait ressortir les âfres et aptitudes de l’intellect profond.
Oeuvrer dans les règles de cet art jamais blafard,
En perdre la notion de tôt et de tard
Pouvoir jouir de ces moments rares
Et savoir que quand on part, que c’est fini,
Qu’il ne s’agit que d’un au revoir
Et qu’on a toujours appris.
Cette question de style qui n’a finalement pas lieu d’être
A fait rejaillir ce qu’il y avait au plus profond de mon être.
La plus belle des réponses, une grande nouvelle,
Est simplement qu’il faut oser le naturel.
Se laisser guider vers le haut
Sans trop chercher à penser,
Partir dans la musique des mots
En y mettant sa sincérité.
Le slam n’est pas un style, n’a pas d’étiquette
On y parle de vécu comme de braguette.
On passe des larmes à l’œil du tigre,
C’est ça aussi, la parole libre.
Des paroles dites mais qui ne s’envolent pas
Parce que tout le monde ici veut qu’elles restent là.
Dans une société qui tend à se nécroser
Où les libertés sont de plus en plus réduites
Le slam me sert à dire qu’on ne doit rien lâcher,
Que les carottes ne sont pas cuites.
Allons enfants de la patrie,
Le jour du devoir est arrivé !
Face au joug de cette tyrannie,
Ce devoir, c’est … s’exprimer !
Mirko
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