Jeudi 11 juin 2009

Histoire anonyme du travail

 

Ah… Merde ! Putain !

5h30… Faut se lever le matin…

Et comme je suis toujours expansif sur mes motivations

Je lâche un « Bordel, ‘ fait chier ! » qui en dit long…

Quelle beauté, la poésie du matin au réveil

Quand la joie et la bonne humeur naissantes

Vous donne une envie de tuer tout le monde sans pareille

Et de laisser derrière vous des flammes incandescentes.

La journée commence sous les meilleurs hospices…

En plus je me suis cogné le pied contre celui du lit.

C’est clair maintenant, y aura jamais de moment propice

Pour s’extirper sans douleur de la douceur de la nuit.

 

Je me réveille comme chaque matin

En me demandant ce qui va bien pouvoir m’arriver.

Pour compter mes missions j’ai plus assez de mes mains.

Privilège de l’intérimaire jeune non qualifié.

Aujourd’hui je découvre une nouvelle entreprise

Où je vais, bien entendu, faire de la manutention.

Comme d’habitude la prudence est de mise,

On sait jamais où on atterrit, avant toute chose, analysons…

 

Je vous plante le décor

Une usine de fabrication de contreplaqué.

Déjà j’attends dehors

Vue l’heure, tout est encore fermé.

C’est fâcheux, 20 minutes qu’on a passé l’heure

Pour que quelqu’un daigne me dire

Que de toute façon, le responsable est un branleur

Qu’il n’arrivera pas avant 10 heures donc pas la peine de l’attendre.

Je suis juste censé commencer dans 5 minutes…

Je ne sais même pas où je vais…

Et d’un coup je vois quelqu’un sortir d’une cahute

Qui vient me voir en me disant que c’est avec lui que je vais travailler.

Code du travail, article 22 : « Demerde toi comme tu peux ! »

Vieil adage qu’avec le temps j’ai entendu maintes et maintes fois.

Ca va encore être folklo, j’en ai l’habitude

Mais je n’avais encore rien vu ce matin là…

Mon collègue approchait de la retraite

Il ne lui restait plus que deux ans à tirer

Pour quelqu’un qu’on appelait « Papy » il était fort alerte

Et fort tout court, faut se le manger le contreplaqué !

 

Nous étions à la presse, en hauteur

Où nous surveillions l’assemblage des feuilles

En inhalant absolument toutes les vapeurs

Et irritant tout ce qui ressemble à un œil.

Après 3 heures à ce traitement,

J’avais les yeux et les poumons brûlés…

J’ai quitté « Papy » un moment

Histoire de trouver un truc pour me soulager.

Je suis allé voir le chef d’équipe

Pour lui faire part de ma doléance

Que voulez-vous, bosser avec les yeux qui piquent

Ça nuit à la productivité et à la constance.

Je lui explique que je ne suis pas habitué aux vapeurs de colle

Et la réponse est venue comme ça :

« Ah bah oui, cha pique la gueule ! »

… Bon, ok, je vais m’adapter. On fera comme on pourra…

 

Dur dur, dans ces conditions, que de communiquer

Il y a comme un fossé entre nous…

Je suis donc retourné travailler

En espérant que j’irai jusqu’au bout.

J’écoute inlassablement « Papy » me raconter sa carrière,

Ses souvenirs de quand il était jeune.

Il est dans l’entreprise depuis son ouverture

Et il constate l’évolution de son petit monde.

Il se plaint de son boulot de désespoir

Mais n’a jamais pu en changer

Pas par manque de possibilité, lui c’était vouloir

Qui lui faisait défaut à l’instant clé.

J’ai fini par comprendre rapidement

Pourquoi « Papy » était resté…

C’était tellement évident…

« Papy » était un drogué…

Il avait besoin de ce shoot à la colle

Dont son organisme n’arrivait plus à se séparer

Cette addiction s’était emparée de sa cervelle

On ne pouvait plus rien faire pour l’aider…

 

A partir de ce moment j’ai compté chaque jour

Qui me séparait de la fin de mon contrat.

Cette histoire me hantait encore et toujours,

Je n’arrivais pas à l’écarter de moi.

J’ai pris conscience de l’importance de mon avenir

En côtoyant la France d’en bas.

Mais j’ai rarement vu pire

Que le destin de « Papy » ici-bas…

 

Depuis ce travail corrosif,

Je n’ai plus de problème pour me lever le matin.

J’ai dans la tête le souvenir agressif

De « Papy » et de son terrible chemin.

Je me suis mis à bosser,

A ne plus me laisser guider par mes émois.

J’ai appris à œuvrer sans me retourner

Même si ça paraît dégueulasse parfois.

Je me suis accordé le droit d’être égoïste

Mais à la condition d’en être digne…

Depuis j’ai peur d’être un fumiste

Et j’en traque le moindre signe…

Aujourd’hui je ne peux faire la fête

Car aujourd’hui, « Papy » est à la retraite…

 

Mirko

Par Mirko
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Prochaines dates slam

Mercredi 6 mai: 20h30: Spectacle avec l'école de musique de Vertus, Salle Waugner.

Mardi 12 mai:
20 heures: QUALIFICATION REMOISE POUR LE GRAND SLAM NATIONAL au Sans soucis à Reims

Samedi 16 mai: 16h-18h: atelier d'écriture à la médiathèque (Epernay)
                              20h: QUALIFICATION SPARNACIENNE POUR LE GRAND SLAM NATIONAL

Mardi 19 mai: Soirée slam au Salmanazar à Epernay sur le thème du monde du travail, dans le cadre de la pièce Ohne.

Samedi 23 mai: Soirée slam avec le conservatoire de Tonnerre + Spell Dosa (Slam Tribu + Somna)

Vendredi 5 juin: Spectacle Slam Tribu au Magic Mirror à Paris, dans le cadre du festival "Paris en toutes lettres"

Du jeudi 18 au dimanche 21 juin: Grand Slam National à Bobigny

Du vendredi 26 au dimanche 28 juin: Slam Tribu au Festival Solidays (ateliers + scène slam)

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