Lettre à E
Salut à toi, petit
C’est moi… Ton père.
Enfin… Ton père pendant ce récit,
Après je ne serai que ton géniteur.
Tu es né il y a quelques mois
Bien loin de mes yeux,
Ceci faisant de moi
Un père comme qui dirait « officieux ».
Je vais te raconter notre histoire,
Celle de la conception de ta vie.
A défaut de te la narrer plus tard
Je le fais par écrit.
Elle variera peut-être un peu
De celle de ta mère.
Que veux-tu ? C’est le jeu…
Mais je ne pense que nos versions vraiment diffèrent.
Tu sais, rien n’est jamais facile.
La vie nous réserve toujours des surprises.
Faut se méfier d’un bilan médical,
Pour toi le miracle a été de mise.
Tu es né d’une mère pratiquement stérile.
Le gynéco me l’a bien confirmé.
C’était déjà assez difficile,
Il fallait prendre en compte cette donnée.
Mais tu as une grande sœur
Qui ne bénéficiait pas d’un équilibre parental.
Pouvais-je donner à un petit frère
La même situation peu enviable ?
Je ne sais si tu comprendras, petit
Ce choix… Le choix de ton père.
Enfin… Ton père pendant ce récit.
Après je ne serai que ton géniteur.
Quand on t’annonce que tu vas être père
Surtout si ce n’était pas prévu,
Tu perds un peu tous tes repères,
Tu te demandes ce qui te tombe dessus.
Le monde n’a pas changé…
Il reste toujours le même…
Mais toi, tu as changé ta façon de le regarder
Et tu te poses des questions sur ta femme.
« Est-ce celle que je voulais vraiment ? Est-ce « la bonne » ?
Qu’est-ce que j’attends d’elle ? Est-ce qu’on veut un enfant ? »
Bref, toutes les questions qui, d’habitude, paraissent connes
Et qui ne le sont plus vu les évènements…
Tu es dans l’incapacité de te mentir à toi-même.
Toute ta relation est passée au crible.
Je savais que ta mère n’était pas « la bonne »
Et avoir un enfant après un mois et demi est impensable.
Il ne s’agit pas de la dénigrer
Ou de vouloir dire impérativement que c’est de sa faute.
On était sur un pied d’égalité.
Fallait pas se mentir, c’était pas la love story du siècle…
Elle m’a demandé ce que je voulais faire.
Sur le moment c’est pas évident d’avoir une opinion arrêtée…
J’ai pris deux jours pour réfléchir
Et j’ai fait le choix de la raison, j’ai refusé…
Je ne sais si tu comprendras, petit
Ce choix… Le choix de ton père.
Enfin… Ton père pendant ce récit.
Après je ne serai que ton géniteur.
J’ai refusé d’être un père absent.
On n’avait, de toute façon, pas les moyens.
Je n’étais même pas là lors de la période prévue pour l’accouchement
Et puis, comme je te disais, après un mois et demi ça rime à rien.
On était tombés d’accord…
Dans cette situation rien n’est jamais beau.
Je lui ai dit qu’elle disposait de son corps
Que, de toute façon, c’était elle qui aurait le dernier mot.
Et elle a changé d’avis…
Si tenté qu’elle ait vraiment été du mien !
J’ai de sérieux doutes aujourd’hui
Mais dans tous les cas ça ne change rien.
J’ai été convié à un rendez-vous pour un avortement.
Je suis arrivé à un rendez-vous pour une échographie
Avec, en face de moi, un gynéco véhément
Pour m’expliquer le miracle de la conception de ta vie.
Je te souhaite de ne jamais vivre ça…
J’ai été blessé des plus profondément…
Mais ce miracle n’aurait pas lieu une autre fois.
Ce n’était pas contre moi mais pour elle… Je la comprends…
Sache que ta mère t’a désiré toute sa vie,
Que, chaque jour, tu égayes ses pensées,
Qu’elle t’aimera sans faille ni oubli
Et qu’elle sera toujours là pour t’aider.
Salut à toi, petit
J’espère que tu trouveras un vrai père.
Mais pas un père de récit,
Un qui s’occupera de toi et de ta mère.
Alors salut à toi, petit
Je t’avais dit « au revoir » en tant que père…
Je te le redis aujourd’hui
En tant que géniteur…
Mirko
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