Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /2009 14:20

Qu’est-ce que je dois faire ?

 

Je me rappellerai toujours ce jour

Où je lui ai dit « au revoir ».

Il répondait, la fierté dans le corps,

A l’appel de la Nation pour faire son devoir.

J’étais si fier de lui, de son devenir

Que dire « la guerre c’est mal » sonnait faux.

Je voyais en lui un guerrier, un homme de l’avenir

Fort, se battant pour une noble cause, je voyais un héros.

Je le revois encore partir

Le sourire aux lèvres, nous faisant signe de la main.

Nous étions certains de le voir revenir.

Nous étions convaincus d’un superbe destin.

 

Tout cela nous paraissait normal.

Nous en étions même fiers !

Et attendions dans un quotidien banal

Le retour de notre fils sur ses terres.

Je me souviendrai toujours de ce jour…

De ma femme poussant un hurlement déchirant.

Dans ses mains un courrier de l’armée de Terre

Annonçant ni plus ni moins que la mort de notre enfant.

Mon fils mort… Ma femme au sol qui hurle…

Une fissure irréversible, une douleur insoutenable…

Plus moyen de penser, tout mon corps qui brûle…

Et chaque seconde m’est, à présent, insupportable.

 

Depuis, tous les soirs, je reste devant la cheminée.

Je regarde la photo de mon fils,

Son sourire éclatant figé pour l’éternité

En étant conscient que c’est mon linceul que je tisse.

Quand mon regard rencontre le ruban noir

Dans le coin inférieur droit de la photo,

A ce moment me revient en mémoire

Mon aveuglement par mes sentiments nationaux.

Quand je monte me coucher comme tous les soirs,

Je serre contre moi celle qui s’écroule en pleurs.

Comment se fait-il qu’on n’ait pas su prévoir ?

Comment se fait-il qu’on n’ait pas eu peur ?

 

Je n’ai de cesse de me demander,

De chercher pourquoi il est mort

Et surtout de la main de qui, qui plus est

Même si je sais que lui aussi ne faisait que son devoir.

La guerre… La guerre… la guerre…

A cause d’elle j’ai perdu mon enfant,

Je ne trouve plus la femme que j’aimais naguère

Et je n’arrive pas à la haïr… Pourtant…

Toujours les mêmes images qui reviennent.

Ce sourire, ces paroles rassurantes…

Je sais que, quoi qu’il advienne

Elles seront chaque jour un peu plus blessantes.

 

La haine a gagné un cœur de plus.

Le mien bat désormais au rythme de la vengeance.

A nul autre sentiment il ne laisse de place,

Aveuglé qu’il est par une nouvelle intolérance.

Mon esprit réclame justice, qu’elle soit d’en bas ou d’en haut.

Le corps de mon fils se décompose quelque part

Et nous, nous enterrons deux plaques et un drapeau.

Le destin est cruel à bien des égards…

La guerre… La guerre… la guerre…

A cause d’elle j’ai perdu mon enfant,

Je suis le fantôme de l’homme que j’étais naguère

Et je n’arrive toujours pas à la haïr… Pourtant…

 

Souvent je me demande comment c’est arrivé.

Je me demande aussi combien de fils le mien a tués.

Je me dis que j’aurais dû l’en empêcher.

Je me dis que je n’ai pas su le protéger.

Est-ce que je vois dans la vengeance une issue

Sur laquelle mon esprit anéanti se focalise ?

Ou bien est-ce ma dernière part d’humanité qui, à mon insu,

Se cache pour ne pas que je la détruise ?

Je me demande ce qui, dans cet enfer sur Terre,

Me raccroche encore à cette vie.

Est-ce ma punition pour n’avoir pas été le père

Qui aurait dû anticiper, qui aurait compris ?

 

Mais comprendre quoi, au juste ?

Que la guerre engendre la guerre ?

Que Dieu me le rendra au centuple ?

Ou toute autre sorte de conneries qu’on nous sert ?

Dois-je à mon tour entrer en guerre pour une raison personnelle ?

Il parait que ce sont les meilleurs au front…

Ou bien dois-je souffrir en silence, tout seul,

Avec, comme réconfort, les condoléances de la Nation,

Fière de nous pour ce si grand sacrifice

Qui a juste foutu nos vies en l’air ?

Alors je vous le demande comme un service…

Qu’est-ce que je dois faire ?

 

Mirko

Par Mirko
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